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Hurtaut, Pierre-Thomas-Nicolas

L’art de péter

dimanche 20 mai 2018, par webmestre

L’art de péter, manuel théorique à l’usage des personnes constipées, graves, mélancoliques et tristes, Paris : Éditions Points, 2011, 96 p.

Né en 1719, Pierre-Thomas-Nicolas Hurteau est un personnage fort singulier, dont il vaut la peine de s’intéresser à la biographie. « Philosophe des Lumières unique en son genre », il est à la fois historien, auteur sérieux ou d’essais hilarants, poète à ses heures et membre de la Société du bout du banc.

L’auteur entreprend d’abord de distinguer le pet de la vesse. Le premier étant franc, et la seconde sournoise, on démontre à partir de ce ce postulat les bienfaits, avantages et utilités du pet en société. En lutte contre les préjugés dont on afflige le pet, l’auteur le réhabilite, notamment avec d’autres postulats et démonstrations à tout vent !

p. 39

On ne fera donc rien que de modéré, et l’on sera sûr de plaire ; autrement on épouvanterait, en imitant les sons bruyants des cataractes de Schaffhouse, des montagnes d’Espagne, des sauts du Niagara ou de Montmorency dans le Canada, qui rendent les hommes sourds et font avorter les femelles avant qu’elles soient grosses.

p. 50-51

[...] car il est évident, et on ne peut en douter, pour peu qu’on examine les notions que nous avons données du pet et de la vesse, qu’on ne vesse que parce qu’on n’a pas voulu péter ; et, par conséquent, que, partout où se trouvera le pet, la vesse n’aura point lieu.

p. 55-57

Les rires, et souvent les éclats qu’excite le pet dès qu’il se fait entendre prouvent assez ses agréments et ses charmes : le plus sérieux personnage perd sa gravité à ses approches ; il n’est point de prud’homme qui tienne contre lui ; le son harmonieux et imprévu qui constitue son essence dissipe la léthargie des esprits.
[...] doutera-t-on du pouvoir de ses charmes ? En effet, étant susceptible de différentes modifications, il varie ses agréments, par là il doit plaire généralement. Tantôt précipité dans sa sortie, impétueux dans son mouvement, il imite le fracas du canon ; et pour lors, il plaît à l’homme de guerre : tantôt retardé dans sa course, gêné dans son passage par les deux hémisphères qui le compriment, il imite les instruments de musique.