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Benacquista, Tonino

Trois carrés rouges sur fond noir

mardi 19 mai 2020, par webmestre

Paris : Éditions Gallimard, collection Folio policier, 2004, 218 pages

Une seconde lecture de ce petit roman est toujours très saine.

p. 27
Depuis trois ans, l’art contemporain s’est mis à concurrencer la brocante. C’est le culte du practico-inerte. On regarde un ouvre-boîtes sur un socle et on se pose toutes les questions qu’on ne se poserait pas dans sa propre cuisine.

p. 75
Des touristes s’émerveillent des tubulures bariolées et des échafaudages apparents de Beaubourg. Moi, en sortant de la bibliothèque du deuxième étage, je regarde Paris. Les mêmes touristes sont heureux de repérer Notre-Dame, pas loin. Demain, de là-bas, ils repéreront Beaubourg, avec la même joie. À force de grimper sur des citadelles, ils vont peut-être finir par trouver un point de vue.

p. 88
Les visages de pierre n’ont plus du tout l’air de s’ennuyer, au contraire, ils menacent celui qui vient troubler leur repos. Une vierge blafarde me regarde avancer de ses yeux vides. « Après sept heures du soir je dérange plus les œuvres », dit toujours Nico, quand il veut partir. Et c’est vrai, passé les heures ouvrables elles exigent de rester entre elles. Plus rien n’est laid, plus rien n’est inutile. chacune atteint enfin son seuil d’inertie maximale, comme si seul le regard des visiteurs les obligeait à poser.

p. 94
Tout ça c’est à cause du billard. J’ai manqué de patience pour tout le reste. Allongé, j’ai pensé à ce pianiste qui s’est retrouvé manchot. comme moi. Ravel lui a écrit un concerto pour la main gauche. Voilà ce que c’est d’avoir des copains.