Normand Lester, journaliste d’enquête est également auteur, notamment du Livre noir du Canada anglais, alors que Corinne De Vailly est rédactrice et romancière. Leurs efforts réunis font de Verglas un roman très documenté et qui colle de près à l’actualité et à la réalité. De fait, la plupart des éléments qui en constituent la trame de fond sont réels, comme le sont également différentes couches du roman : lieux, politiciens, événements historiques.
Les auteurs nous offrent un roman passionnant, découpé en courts chapitres à la façon des thrillers au grand tirage. J’ai aimé personnellement ces croisements simultanés de courts chapitres, qui relatent des événements qui se passent à Montréal, à Washington, à New York, dans le grand Nord québécois ou l’Antarctique. Nous suivons ainsi une enquête menée par un jeune policier de Montréal, alors que nous prenons également part aux jeux de coulisses des pouvoirs politique ou financier, tant au Canada qu’à Washington — où nous pouvons notamment assister aux trop célèbres échanges intimes entre le président Bill Clinton et sa maîtresse la plus connue.
p. 136-137
— La conversation tournait autour de la politique et j’ai pensé que ça pouvait être son conseiller Dick Morris. Après, on s’est assis et il m’a parlé de Kennedy. Bill est obsédé par lui. Il connaît tout au sujet de ses aventures sexuelles. Il m’a expliqué que lui aussi aimait les petites jeunes. Kennedy s’est envoyé une étudiante d’Harvard de 19 ans qu’il a séduite peu avant l’élection présidentielle de 1960, quand il était membre du conseil de l’université. Une fois à la Maison-Blanche, il l’a fait nommer assistante de son conseiller à la sécurité nationale McGeorge Bundy. Elle avait une maîtrise en histoire américaine et Bill dit que pour l’impressionner, Kennedy l’a baisée dans la chambre et le lit d’Abraham Lincoln, qu’il utilisait comme salle de jeux sexuels quand Jackie n’était pas à la Maison-Blanche. C’est pas à moi que ça pourrait arriver.
— Lui as-tu déjà demandé ?
— À plusieurs reprises. Il a refusé. Il dit que c’est trop dangereux. Qu’on n’est plus à l’époque de Kennedy. Il me dit que dans le temps, quand Kennedy se déplaçait aux quatre coins des États-Unis, les politiciens locaux et les permanents du Parti démocrate lui recrutaient des hôtesses de luxe ou des volontaires « à but non lucratif » qui voulaient connaître le frisson de se faire monter par le beau John.
p. 138-140
— Tout en baisant Marilyn Monroe, JFK s’envoyait une magnifique Californienne âgée de 25 ans, justement cette Judith Campbell Exner, qui lui avait refilée son ami Frank Sinatra. Le crooner aimait, comme ça, offrir certaines de ses conquêtes à ses copains, comme on offre de bons cigares à des amis. Le problème, c’est que Sinatra la partageait déjà avec son copain Sam Giancana, le parrain de la mafia de Chicago. Kennedy voulait recruter Giancana et la mafia pour faire assassiner Fidel Castro. Ils se sont vus à plusieurs reprises chez elle. Vous vous rendez compte ! Quelle scène extraordinaire : le président des États-Unis en train de négocier le prix de l’assassinat d’un chef d’État étranger avec le parrain de la mafia de Chicago chez leur maîtresse commune. Le vieux J. Edgar Hoover était au courant. Il gardait ça en réserve au cas où Kennedy tenterait de se débarrasser de lui comme chef du FBI. Mais un de ses agents est allé vendre le renseignement à la General Dynamics, qui soumissionnait alors pour ce qui était, à l’époque, le plus important contrat militaire de l’histoire des États-Unis. La compagnie proposait son chasseur TFX, un avion médiocre que l’AIr Force ne voulait absolument pas. Les types de la sécurité de General Dynamics ont installé des micros et des caméras dans l’appartement de la fille. Ils avaient sur film et sur ruban des rencontres entre Kennedy et Giancana. Ainsi que des séances de jambes en l’air de la fille avec Kennedy un soir et avec Giancana un autre. Dans le même décor.
— La General Dynamics n’a pas eu de difficulté, j’en suis sûr, pour convaincre Kennedy des qualités de son fer à repasser volant, intervint Dobson, ricaneur.
[...]
— On l’a ensuite renommé F-111. Oui, Mark, l’administration Kennedy l’a choisi alors que l’appareil proposé par Boeing était nettement supérieur. Kennedy s’était pris les couilles dans l’engrenage. Le choix était tellement irrecevable qu’un comité sénatorial fut formé pour enquêter sur la décision. Le FBI ne révéla jamais ce qu’il savait au comité qui, heureusement pour la mémoire de Kennedy, cessa ses travaux après son assassinat. Kennedy parti, le Pentagone a considérablement réduit sa commande. La General Dynamics a quand même réalisé avec l’avion des profits de trois cents millions de dollars. Payant de tenir un président des États-Unis par le scrotum !
— Kennedy avait quand même plus de classe que Clinton, estima Dobson, envieux : Marilyn Monroe, Marlene Dietrich, Audrey Hepburn, sa belle-sœur la princesse Lee Radziwill, les plus belles femmes de l’époque, des stars, des intellectuelles. Des baises divines dans des décors de rêve, d’Hollywood à Martha’s Vineyard. Pas des pipes express, les culottes aux genoux, dans la pénombre des placards du Bureau ovale, et du sexe par téléphone avec une stagiaire névrosée en mal d’affection ! Quel minable !
p. 190
— Jamais je n’aurais réalisé le centième de ce que j’ai fait si j’étais resté au Canada avec son armée merdique moins bien équipée que la police municipale de New York et à peine capable d’affronter une bande de voyous indiens masqués.
Cummings trouva plutôt cocasses les propos de Flagerty sur les Indiens. Ce dernier avait soutenu financièrement le soulèvement mohawk de 1990 au Québec et une partie des armes utilisées par les Indiens leur avait été fournie en sous-main par le service de sécurité d’USP.
p. 191
[...] Nous sommes vraiment les seuls à comprendre ce qu’est la démocratie. Pour notre plus grande prospérité, mais aussi pour le plus grand bien de la planète entière, nous devons assurer notre hégémonie sur le monde. Pour cela, il faut chasser de la Maison-Blanche ce méprisable Clinton et ses clowns démocrates. Par tous les moyens. Le Parti Républicain doit prendre le pouvoir. L’avenir de l’humanité en dépend.
p. 206
— Je vous explique. USP développe un important projet en Alaska. Le sénateur pour qui je travaille appuie ce projet appelé HAARP. En fait, il croit qu’il y va de l’intérêt économique de l’État, mais aussi parce qu’USP a financé sa campagne électorale. Les documents secrets auxquels j’ai eu accès par mon travail m’ont incitée à entreprendre une recherche personnelle à l’insu du sénateur, et cela m’a convaincue que ce projet était extrêmement dangereux pour l’environnement.
p. 207-208
[...] Sous le couvert de développer un moyen pour communiquer avec les submersibles en plongée, Flagerty et ses ingénieurs cherchent depuis à découvrir comment l’émission de whistlers peut modifier les conditions météo en un point donné du globe. Évidemment, cette découverte a soulevé l’enthousiasme de certaines personnes au Pentagone, où l’on envisage depuis des décennies d’utiliser la météo comme arme de guerre. Depuis, USP a reçu des milliards de dollars pour développer des armes scalaires.
Lester, Normand et Corinne De Vailly