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James, P. D.

Péché originel

jeudi 9 janvier 2020, par webmestre

Original Sin, traduit de l’anglais par Denise Meunier, Fayard, 1995, 482 p.

Un livre épatant, élégant, raffiné. Il plaira à ceux qui aiment replonger dans les caractères : l’auteure ne cesse d’imaginer les êtres et de les dépeindre. Humaniste avant tout, ses descriptions fouillées visent d’abord les personnages. Le paysage ne lui sert que de décor, faisant l’objet de descriptions sommaires, utiles au mieux à planter les caractéristiques qui permettront de cerner un caractère, une personnalité, à l’occasion son cadre de vie. Cependant le livre s’étire, parfois laborieux : quelques descriptions de pièces et d’appartements — bien qu’elles demeurent destinées à compléter le trait des personnages — sont longues. Dans un ensemble plutôt intemporel, l’argument se déroule calmement, semant à profusion les suspects alors qu’aucun moyen ne nous sera donné de connaître le meurtrier avant les toutes dernières pages du roman.

Ah ! Et ce serpent sur l’illustration de couverture...

p. 13

Les difficultés de Mrs Crealey avaient deux causes essentielles : sa conviction que les hommes étaient perfides, jointe à son incapacité à s’en passer.

p. 53

Il répliqua sèchement : « Il est facile d’acquérir une réputation de sagesse. Il suffit de vivre assez longtemps, de parler peu et d’agir moins encore.
— Mais quand vous parlez, on ne perd pas son temps en vous écoutant. Gabriel, dites-moi ce que je dois faire.
— Pour vous débarrasser de lui ?
— Pour me débarrasser de ma souffrance.
— Il y a les expédients habituels : boissons, drogues, suicide. Les deux premiers vous conduisent au troisième, c’est simplement une voie plus lente, plus coûteuse, plus humiliante. Je ne vous la conseille pas. Vous pourriez l’assassiner, mais je ne vous le conseille pas non plus. Faites-le en imagination, avec autant de raffinement que vous voulez, mais pas en réalité. À moins que vous ne souhaitiez pourrir dix ans en prison.

p. 105

Dauntsey demanda : « Voulez-vous dire qu’il ne faut pas porter de jugement de valeur ? Nous le faisons tous les jours de notre vie.
— Je veux dire qu’il ne faut pas le faire à la place des autres. Je veux dire que je ne dois pas le faire en tant qu’éditeur. D’ailleurs, il existe un argument imparable : si je n’ai pas le droit de faire des profits sur des livres grand public, bons ou mauvais, je n’aurai pas les moyens de publier des livres plus difficiles pour ce qui est d’après vous la minorité éclairée. »

p. 259-260

« Difficile de savoir s’il vaut mieux acheter ou louer. En principe, je suis pour l’achat. Les loyers sont ridiculement bas en ce moment, mais ils ne le seront pas quand le bail arrivera à expiration. Cependant il peut paraître de bonne guerre aussi de signer un bail court pour les cinq ans qui viennent et de dégager des capitaux pour les acquisitions et l’expansion. Le métier de l’éditeur, ce sont les livres, pas l’immobilier. Depuis cent ans Peverell Press gaspille ses ressources pour l’entretien d’Innocent House comme si le bâtiment était l’entreprise. [...] ».

p. 262

Jolie, sensible, attachante par son côté enfantin, elle était tombée romantique ment amoureuse de lui, de son héroïsme, de sa nationalité, et même de son accent. Il avait trouvé flatteuse cette adulation aveugle, et difficile de ne pas répondre au moins par de l’affection et une chaleur protectrice à ce qu’il voyait comme une extrême vulnérabilité. Mais il ne l’avait jamais aimée. Il n’avait jamais aimé qu’un seule être humain. Avec Chantal était morte sa capacité d’éprouver un sentiment plus intense que l’affection.

p. 382

Seigneur, fais-moi connaître ma fin et le nombre de mes jours que je sache le temps que j’ai à vivre. » Assurément, rares étaient ceux qui pouvaient faire cette prière avec quelque sincérité. Tout ce que l’on pouvait espérer ou souhaiter, c’était assez de temps pour balayer les débris personnels, livrer ses secrets aux flammes ou à la poubelle et laisser la cuisine en ordre.