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Piersanti, Gilda

Rouge abattoir

jeudi 13 juin 2019, par webmestre

Paris : Pocket, collection Policier (Le Passage Paris-New York Éditions), 2003, 282 p.

Le petit roman n’est pas sans intérêt : l’on y découvre une Rome différente, que l’auteure nous fait suivre pas à pas à certains moments. Bien que l’on puisse ressentir une intention de donner un caractère fort aux personnages, ces derniers semblent plutôt mal définis et ils nous apparaissent comme dans une sorte de brouillard, ou une lentille qui ne serait pas tout à fait au point. Certains chapitres nous sont également apparus comme mal connectés : soit à l’intrigue, soit aux personnages. Une sensation qui amplifie le problème de définition des rôles de chacun dans le cours des événements. Le contexte est toutefois porteur, alors que sont rassemblés un commissaire plutôt méfiant et conservateur et une jeune inspectrice ambitieuse qui lui est adjointe pour les fins de l’enquête.

p. 166

Alors il comprit. Le petit, ce n’était pas son fils, mais le fils de Peppe, le bébé hospitalisé. Il ressentit d’un coup une joie irrépressible, la joie d’avoir échappé au malheur. Une douleur coupable s’y superposa. On était donc à ce point sauvage de se réjouir que la mort n’eût pas pris notre bien mais celui d’un autre, fût-ce l’ami le plus cher ?

p. 171

— Où étiez-vous passée ? cracha D’Innocenzo.
— J’ai débranché mon portable, je suis encore chez les Tittoni.
— Qu’est-ce que vous fichez là-bas ? Vous avez déménagé ?
— Je vous raconterai, chuchota Mariella.

p. 207-208

Les crises de Patricia en manque le terrifiaient encore, il la voyait le supplier, l’insulter, se ruer sur lui les poings serrés, lui cracher à la figure, lui lancer tout ce qui tombait à sa portée parce qu’il refusait d’aller lui chercher un peu de poudre. Ce qu’il finissait par faire, invariablement. Après, c’étaient frottements, câlins et grognements de chatte, mais lorsqu’il jouissait sur elle, elle roupillait déjà.

p. 218

Le commissaire ajouta :
— La famille, c’est différent. On ne se pose pas la question de savoir si l’on connaît ou si l’on ne connaît pas ses enfants, on les aime, un point c’est tout. On croit que ça suffit.

p. 245

C’était au milieu des années soixante : au premier coup de minuit, juste au-dessus du restaurant Braghetti, l’un des restaurants les plus connus de la ville où s’était donné rendez-vous le beau monde, des habitants avaient balancé leur vieux W.-C. à même le trottoir. Le bruit sourd de l’objet atterrissant sur le sol, après un vol de quatre étages, avait attiré aux fenêtres une foule de curieux qui fêtaient le réveillon en famille. Dès que le geste avait été compris dans toute son insolence, les gens du quartier s’étaient mis à rivaliser en effronterie, et des recoins les plus enfouis des appartements les objets les plus insolites avaient commencé à tomber des fenêtres. Bientôt, les abords de la place furent remplis de monceaux de débris et de choses diverses et encombrantes. Entre barouf, boucan, pétards et rigolades, le fracas était devenu tellement infernal que même les clients les plus pincés du fameux restaurant avaient été gagnés par l’excitation générale. La situation avait commencé à se gâter quand le bruit avait couru qu’on faisait des choses délirantes à S. Cosimato et que plusieurs bandes de fêtards qui traînaient dans la ville s’étaient donné rendez-vous sur la place. Ce fut, d’ailleurs, à partir de ce mémorable 31 décembre qu’un arrêté municipal avait interdit dépose et lancement d’objet sur la voie publique sous peine d’amendes sévères.