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Terrée, Caroline

Impact. Une enquête de Kate Kovacs

vendredi 5 avril 2019, par webmestre

Toulouse (France) : Éditions Milan, coll. Macadam, 2007, 352 p.

J’aime bien ce type de roman dynamique, composé presque entièrement de dialogues. L’histoire, de même que l’enquête, se passent en une brève période, à peine deux jours si j’ai bien suivi. L’intrigue soulève des questions importantes sur la protection des forêts, ainsi que sur différents groupes dont l’intérêt et l’action se portent sur cette importante ressource naturelle : d’une part, ceux qui l’exploitent, et d’autre part, ceux qui la protègent. Les policiers enquêteurs sont eux-même sensibles à certains constats, alors même qu’ils se trouvent impuissants et ne peuvent intervenir : la loi protège en effet bien souvent les intérêts commerciaux de ces grandes entreprises qui n’éprouvent aucun scrupule ni sentiment dans l’exploitation sans commune mesure de la forêt et des ravages qu’elles causent à l’environnement.

Le rythme de l’enquête est extrêmement rapide, alors que l’agent Kovacs, en ces quelques deux journées, démontre des capacités extraordinaires, sinon extravagantes : blessée dans un violent accident de la route qui la conduit à l’hôpital, elle se retrouve cependant dès le matin sur le terrain. Nombreuses visites d’enquête, virée à Seattle sur Continental Airlines, grand déploiement policier en soirée... tout en ayant à gérer des souvenirs personnels douloureux. Il m’a semblé que de telles prouesses en un temps si court n’étaient absolument pas nécessaires à l’intérêt du roman, sinon que d’apporter un sorte de faux sentiment d’urgence ou de suspense. Cet effet, s’il est souhaité, tombe un peu à plat. La durée de l’enquête, qu’elle soit de deux jours ou de deux années, est un facteur qui ne modifie en rien la portée des enjeux soulevés par l’auteure. Et si l’on pousse la réflexion, peut-être même qu’une enquête, dès lors qu’elle serait moins resserrée dans le temps, permettrait de nourrir la réflexion autour de ces enjeux, de donner du souffle à l’intrigue, ainsi que de soutenir un approfondissement de la personnalité de l’agent Kovacs et des membres de son service.

p. 93

Les rayons du soleil qui ricochent sur le bitume trempé de pluie. Les passants qui se croisent sur les trottoirs ; indifférents, pensifs, anonymes... Comme si l’ordre des choses aurait dû être affecté par ce qui s’est passé hier, par la mort d’un seul être humain.

p. 99

— À ce jour, Pacific Timber Ltd possède plus de 600 sites d’exploitation à travers onze États américains et trois provinces candiennes, et emploie...

Il vérifie ses notes.

— 35 032 personnes à travers les deux pays, dont 1 400 de façon directe. Une différence qui s’explique par l’une des particularités de leur système de fonctionnement : l’empoi de sous-traitants, « indépendants » sur le papier, mais qui sont en réalité des filiales directes de la boîte. Des filiales qui prennent l’essentiel des risques sur le terrain... Pendant que des bûcherons, conducteurs et autres employés spécialisés bossent pour des salaires en dessous de la moyenne nationale, la dynastie Cunningham affiche des profits records — sans même avoir à mettre un pied hors de leurs gratte-ciel et résidences privées. Naturellement, il n’y a rien d’illégal à la chose, puisque les gouvernements, canadien et américain, n’ont apparemment aucun problème éthique à vendre une partie de leur patrimoine naturel à des géants comme Pacific Timber Ltd. Y compris des forêts anciennes qui, pour beaucoup devraient être protégées, et non pas rasées à coups de tronçonneuses et de bulldozers.

p. 219

— [...] Parce qu’il y a quelque chose que votre logique de flics vous empêche de voir : les activités d’hommes comme les Cunningham sont peut-être légales, mais elles sont aussi injustes. Et l’injustice fait partie des principales sources de violence humaine à travers le monde.

p. 221

— Madame Kovacs.
— Agent Kovacs.
Andrew Cunningham me serre la main et nous invite à entrer dans son bureau, une pièce immense avec vue panoramique sur Stanley Park.
— Agent Ballard ?
Nick n’arrive pas à résister.
— Détective Ballard.