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Messih, Sandra

Le rythme du tambour

jeudi 28 février 2019, par webmestre

Montréal : Recto/Verso éditeur, 2013, 368 p.

En plus d’une enquête policière, mâtinée d’une intrigue romantique, le roman nous ouvre quelques fenêtres sur deux aspects plus inattendus de nos sociétés : chamanisme tel que pratiqué par nos ancêtres amérindiens, gestion à grande échelle du ramassage d’ordures.

Au démarrage, le ton de l’ouvrage est toutefois assez froid, avec des descriptifs et même des adjectifs placés ici ou là qui nous semblent bien inutiles (« Après avoir concocté une délicieuse salade de roquette, agrémentée de noisettes, de copeaux de parmesan et d’avocat, Elena s’installa à table. Devant son appétissante assiette se trouvait le journal de son ancètre, attendant sagement d’être consulté. », p. 139). Cependant, à mi-parcours, des couleurs plus chaudes, plus personnelles et sincères, s’ajoutent graduellement aux descriptions et aux événements. Les rapports empruntent des tonalités plus palpables entre, par exemple les employés du poste de transbordement d’ordures ou ceux des enquêteurs policiers, et bien sûr au niveau des relations familiales, professionnelles et personnelles de l’héroïne Elena, qui prennent des accents véridiques.

Le chamanisme, qui sous-tend le livre, est abordé assez discrètement, avec prudence et sans débordements. Voici par exemple, tiré du journal d’Aimée, ancêtre de Elena, un des passages les plus documentés : « "Le rythme doit être toujours régulier et identique. Mon tambour en peau de bison est mon préféré, et de loin le plus efficace pour catalyser mon esprit et amplifier ma concentration. La combinaison de cette cadence et des chants en langue rituelle accentue le processus." » (p. 140). Bien que cette activité soit exigeante, mentalement et physiquement, les passages ultérieurs de transe ou de communication avec les esprits évoqués par Elena au cours de ses séances sont également décrits avec simplicité et sans complaisance. Cette approche est délicate : elle peut tout à la fois ne pas effrayer le lecteur rébarbatif à cet aspect particulier du livre, mais tout aussi bien décevoir en contrepartie le lecteur qui y porte un grand intérêt et qui en voudrait davantage.

Pour ce qui est de l’intrigue policière, il est assez facile de découvrir — disons, soupçonner — bien avant l’heure le réel coupable. Ce roman est le premier d’une série de trois, dont le troisième épisode, au moment d’écrire ces lignes, n’est pas publié. Il y a donc un certain intérêt à découvrir comment le tout évoluera.