En plus de l’entrevue, le livre contient de multiples photographies, annoncées comme « documents personnels de François Truffaut », ainsi qu’une nomenclature des films de Truffaut de 1958 (Les mistons) à 1983 (Vivement dimanche !)
Lumineux Truffaut ! Ce témoignage, recueilli à Montréal en décembre 1971, nous montre un Truffaut ouvert, qui discute volontiers de son enfance et de ses débuts au cinéma et dans la vie.
p. 32
J’ai très vite admiré Hitchcock et j’ai pris l’habitude de voir ses films de nombreuses fois et ensuite quand j’ai fait des films, je me suis rendu compte que lorsque j’avais des difficultés de mise en scène, c’est en pensant à Hitchcock que je pouvais trouver les solutions, et un jour j’ai entrepris ce livre, Le cinéma selon Hitchcock.
p. 36-37
Je n’avais pas beaucoup tourné, mais j’acceptais très bien l’idée de Renoir qu’on doit sacrifier l’abstrait au concret, c’est-à-dire que l’acteur qui va jouer un personnage est plus important, plus réel que ce personnage sur papier. J’étais prêt à aménager le scénario, à le remanier, à mettre le scénario au service de Jean-Pierre Léaud plutôt que le contraire.
p. 41
Vous voyez, c’est très difficile de me faire compatir aux histoires d’adultes, parce que je me dis toujours que les adultes peuvent passer une frontière, ils peuvent peut=être changer de pays ; vraiment je compatis aux malheurs des enfants car, avant 14 ans, on subit sans pouvoir rien faire... un enfant malheureux reste chez lui, il ne peut pas s’en aller, tandis qu’un adulte malheureux peut se déplacer [...]
p. 41-42
[...] je voulais dire qu’effectivement cette génération d’adolescents élevés pendant la guerre, qui est plus humble, plus soumise, éventuellement craintive d’ailleurs, ne peut pas très bien comprendre la génération d’après, qui elle, entre dans les maisons sans dire bonjour ni bonsoir, claque les portes sans regarder si quelqu’un vient derrière elle, parce que c’est une génération plus heureuse, enfin qui a été élevée avec moins de contraintes, donc qui est désinvolte, et cette désinvolture est difficile à accepter pour quelqu’un qui a été obligatoirement attentif aux gens autour de soi.
A.D. Est-ce qu’elle est souhaitable ?
F.T. Oui parce qu’il vaut mieux que des enfants soient mal élevés et heureux que bien élevés et malheureux ; mais enfin cela fait un dialogue difficile.
p. 46
C’est comme les mouvements anticulturels aujourd’hui, c’est très bien, mais qu’on donne déjà la possibilité à tout le monde d’être cultivé et après on fera de l’anticulture, vous voyez ? Je crois que la culture ne peut être contestée que par ceux qui en ont été gavés, et comme ce n’est pas le cas général, laissons les gens accéder aux livres, accéder à la musique, à tout ça, je le crois.
p. 65
Le message du film, puisque dans ce film il y avait quand même un petit message, bien que le mot ne me plaise pas beaucoup, c’est que l’homme n’est rien sans les autres, voilà ; on existe par rapport aux autres et avec les autres ; c’est la nécessité du langage, la nécessité de la vie en société ; on peut contester la société dans la façon dont elle est organisée, mais on ne peut pas contester la notion de société, absolument indispensable.
Truffaut, François