L’antiquaire, alors au faubourg Saint-Honoré, se voit confier une mission qui est à la fois gigantesque et délicate. Une des grandes collections d’antiquités de Paris doit être divisée entre les cinq nièces d’un homme âgé, qui l’a héritée de son frère, en même temps que la fortune de ce dernier et du grand immeuble de la rue La Fayette qui abrite la collection.
L’auteure nous offre une description précise et sensible des circonstances menant à cette mission surprenante, ainsi qu’un portrait nuancé des caractères variés, qu’elle est notamment chargée d’évaluer, des cinq nièces. Chacune des héritières a vécu un parcours marqué d’imprévus, résultant en d’assez profondes différences d’attitudes et de modes de vie.
Bien que féérique et comportant quelques aspects invraisemblables, ce deuxième récit de la série Le Journal d’une antiquaire est annoncé en début d’ouvrage comme entièrement véridique par l’auteure. Considérant l’étendue de l’énergie déployée et du travail consacré par Mme de Brémond d’Ars à la division de l’héritage et à la préparation des lots, qu’elle souhaite réaliser en fonction de la personnalité de chacune des héritières, nous sommes bien forcés d’en admirer la véracité et les heureuses circonstances qui ont pu permettre ces événements. La narration, toujours empreinte de fraîcheur et de sincérité, emporte tous les doutes qui pourraient subsister.
L’écriture est parfois précieuse ou cérémonieuse, mais l’auteure excelle dans les descriptions, qu’elles soient de nature matérielle ou immatérielle. Sa plume est fine et concise — la dame a de l’opinion ! — et en peu de mots, elle brosse des portraits exacts, que ce soit pour des décors — plutôt des cadres de vie — ou des âmes qu’elle doit évaluer. Quoique un peu précieux ou cérémonieux à l’occasion, l’ensemble est touchant, affichant également de belles qualités de cœur.
p. 19
Des fauteuils Louis XV « à l’officier », dont les bras sont écartés à souhait pour permettre de s’y asseoir l’épée au côté.
p. 88
J’avais du mal à m’adapter aux manières de cette femme hermétique, à peine aimable, méfiante par atavisme et surtout par sottise, car elle ne me parut pas intelligente. C’était un miroir sans profondeur.
p. 186
« Il est rare que, dans la vie, toutes les pièces du bonheur s’emboîtent exactement les unes dans les autres. En considérant la marche des événements depuis que nous avons commencé à intervenir dans toutes ces destinées, je suis stupéfait du résultat. »
p. 216
« [...] Moi qui ne m’étais jamais intéressé beaucoup aux antiquités, je commençais à m’habituer à elles et à les aimer. C’est bien l’image de la vie qui sépare souvent les êtres à la minute même où ils découvrent qu’ils sont faits les uns pour les autres. »
de Brémond d’Ars, Yvonne