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Phaneuf, Danielle

La folle de Warshaw

dimanche 31 juillet 2016, par webmestre

Montréal : Les Éditions Marchand de feuilles, 2004, 200p.

L’auteure fait naître, en quelques phrases, les situations les plus tristes ou les plus risibles. L’écriture de Danielle Phaneuf est parfois un peu froide, clinique, mais à la fois sérieuse et pince-sans-rire, elle fait naître l’émotion, le burlesque ou l’inutilité de nos rituels. L’ouvrage abonde d’images, esquissées avec efficacité en quelques traits. Un certain nombre de pages incitent à l’ennui : on ne se souvient plus alors de ce qu’on lisait. Cependant, dans l’ensemble, le petit roman retient notre attention. Il est amusant et il force la réflexion sur nos notions de bonheur, sur notre vie en société et les valeurs que cette dernière place de l’avant en tant que modèles, ainsi que sur l’ennui. Le sujet du livre, « la Folle », m’est souvent apparue comme une femme originale, allumée et charmeuse : loin de la folie qui emporte l’humanité dans le conformisme. La folie apparaît ici bien souvent qu’en tant que résultat ou contrepartie de la solitude ou de sa propre auto-critique : « Joséphine était donc retournée sur son île, là où la solitude pousse comme du chiendent. » (.p. 85)

p. 41

Leur union avait duré sept ans. Bousculé par les révolutions — tranquille, féministe, sexuelle —leur couple avait adopté successivement toutes les modes : cheveux longs, patchouli, manteau afghan, méditation transcendantale, manifestations contre la guerre au Viet-Nam, macramé.

p. 47

La Folle se rappelle tout à coup d’une phrase de Benoît qui l’avait marquée : « Dans un couple, il y en a toujours un des deux qui aime plus que l’autre. Au début de la relation, le premier qui offre un cadeau est celui qui aime le plus. »

p. 81

La rupture inattendue l’avait projetée sous le seuil de la pauvreté amoureuse.

p. 89

Parce qu’elle préférait vivre seule parmi les seuls, la Folle avait quitté la banlieue, un quartier de la Rive-Sud où les petites familles roulaient en camionnette et où les petits couples visitaient des maisons main dans la main, avec l’agent immobilier qui leur garantissait un bonheur proportionnel à leur hypothèque.

p. 95

Comment s’habiller pour faire bonne impression ? Pas le style « femme de docteur » aux ongles manucurés à la recherche d’une œuvre de charité pour favoriser l’exposure de son cher époux. Non. Peut-être une allure soixante-huitarde recyclée, avec jupe indienne et veston, qui manifesterait son désir de participer à l’élaboration d’un nouveau projet de société ?
Habituellement, les entrevues auxquelles elle doit se présenter sont plutôt d’ordre médical ou psychiatrique, pour les besoins de l’assurance invalidité. Quand elle rencontre un médecin, elle ne porte pas de rouge à lèvres afin de ressembler à la « mort enveloppée dans une catalogne » , comme disait sa grand-mère. Masquée de couperose et de poudre blanche, les lèvres spectrales, elle évoque le cadavre qu’ils auront sur la conscience s’ils ne renouvellent pas le diagnostic d’invalidité.

p. 131

Étendue sur le futon, emmitouflée dans un châle, elle étrenne son pyjama. La pointe de ses seins dessine de petites vagues de soie et d’orgueil. Les yeux fermés, elle savoure sa victoire esthétique.

p. 183

Y a-t-il des greffes d’espoir ?

p. 186

— De l’aide. Y’a plus rien qui peux m’aider. Moi, monsieur, j’ai tout essayé dans ma vie pour m’en sortir. Le mariage, les bols tibétains, le narcissisme, la thérapie de Lucien Auger, le divorce, la poterie, la psychanalyse, le tennis sur table, l’épargne, le don de soi, le zen.