Le second volet de la trilogie démarre sur un épisode relatant les derniers moments de la reddition des cathares à la citadelle de Montségur en 1244. D’entrée de jeu, on reconnait une écriture plus affirmée, plus fluide, l’auteur ayant pris beaucoup d’assurance et de maturité eu égard au premier volume Asmodaeus reditus.
L’histoire est terrible. Une note de bas de page [page 54] se lit ainsi :
Le 22 juillet 1209, une armée de croisés combattant l’hérésie cathare fait le siège de Béziers. Les assiégeants offrent aux habitants de la ville de livrer les cathares afin d’éviter tout massacre. Ces derniers refusent et la ville est envahie. Devant la difficulté de reconnaître les cathares des catholiques, le légat du Pape, Arnaud Amaury dira simplement : « Massacrez-les tous, car le Seigneur connaît les siens. » Près de 20 000 personnes, cathares et catholiques confondus, furent assassinées lors de ces événements. »
Nous savons gré à l’auteur de bien documenter ses fictions, les appuyant sur de nombreux faits historiques. La partie fiction se trouve dès lors bien assise et ainsi peuvent naître le rêve et l’imagination. Dans le préambule qu’il a rédigé, JC Bataille note que Invisible ne signifie pas inexistant et que l’invisibilité permet à l’imagination de se libérer, d’errer à son gré et de donner naissance à de belles légendes.
Quelques pages finales, une Annexe hors-texte, apporte quelques précisions historiques sur le catharisme, le manuscrit de Voynich (le Sphinx), puis la loi de Titius-Bode (la planète manquante).
p. 76-77
« Les choses se sont gâtées en 1208, lorsque le légat du pape Pierre de Castelnau fut assassiné à Saint-Gilles-du-Gard. L’Église désigna les cathares pour responsables de ce meurtre. À partr de là, les premières croisades contre les albigeois furent organisées. Une armée fut levée, l’une des plus puissantes jamais réunies à cette époque. Elle était composée de fidèles vassaux du roi de France. Toute la chevalerie des pays du Nord se rangea sous la bannière de l’Église avec pour mission d’éradiquer l’hérésie cathare.
De nombreux massacres furent commis. La communauté de Béziers en paya le prix la première, en 1209, puis celle de Carcassonne. Certains chevaliers et seigneurs languedociens eurent le tort d’offrir leur protection aux cathares. Cela ne représentait pas forcément une adhésion à cette foi ; disons qu’ils s’opposaient de cette manière à l’autorité royale française. Ils voulaient tout simplement défendre leurs fiefs. Ils craignaient qu’une invasion française ne permît au roi de renforcer sa présence dans la région de manière définitive. Ils furent dépossédés de leurs terres pour avoir « soutenu l’hérésie ». À la suite à ces événements, ils composèrent une force de résistance. Ce sont eux que l’on applele les Faydits.
Après ces premiers événements, les combats devinrent de plus en plus violents et meurtriers. L’Inquisition s’organisa et la répression fut de plus en plus féroce. On assista à des pendaisons, on creva les yeux à des centaines de cathares, on dressa des bûchers sur lesquels on brûla des milliers de croyants. Jusqu’en 1223, d’innombrables innocents furent assassinés par les armées conduites par le célèbre Simon de Monfort.
En 1244, les choses se sont aggravées. Le roi de France, Philippe Auguste, qui jusque-là n’avait pas voulu prendre part aux combats, meurt. Son successeur, Louis VIII, entre dans la danse, ce qui n’arrange pas les affaires des cathares. La répression sera plus brutale encore. Finalement, en 1244, la principal bastion cathare, la citadelle de Montségur, tombe. La plupart des derniers Faydits se soumettent.
p. 124-125
« Voilà le grand secret que renfermaient les écritures interdites. Il y a beaucoup d’autres documents que je n’ai pas encore étudiés. Cela prendra des années, et une vie ne suffira peut-être pas. Est-ce que Marie-Madeleine dit la vérité ? Personne ne peut le savoir. Au IVe siècle, la nouvelle foi chértienne a été instaurée par les Romains. Ils ont manipulé les écritures à leur convenance pour en faire une religion qui leur rendrait service sur un plan politique. Et depuis, l’Église se réfugie derrière cette pure création.
p. 166
La police avait été, pour lui, une vocation. Par idéalisme, il avait un jour pensé qu’il pourrait participer à l’éradication du crime et à l’instauration d’un monde meilleur. Ses illusions ne durèrent pas. Et finalement, son métier n’était devenu qu’un gagne-pain comme un autre. Combattre le crime n’était qu’une utopie. Depuis la nuit des temps, des assassins tuaient et des voleurs volaient. Le crime n’avait jamais régressé.
p. 307
« Qokedy qokedy dal qokedy qokedy ».
p. 350-351
L’homme n’est pas naturellement un meurtrier. Les religions ont divisé l’humanité, elles en ont réduit une partie en esclavage. Aujourd’hui, la guerre sainte est omniprésente, mais elle ne se situe plus sur les champs de bataille.
Bataille, JC