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Bataille, JC

Les écritures interdites : Asmodaeus reditus

vendredi 1er juillet 2016, par webmestre

Mirabel : Le Calame, coll. « Plume noire », 2006, 384 p.

Oublions la préface peu intéressante de Michel Tessier, historien, et avançons plutôt dans la lecture de cette aventure de l’enquêteur Paul Dassonville, qui en est le personnage principal. Le caractère un peu bourru de ce commissaire, aux méthodes éprouvées, pratiques et plutôt terre-à-terre, constitue a priori un empêchement majeur au type d’enquête auquel il sera appelé à collaborer. L’ennemi invisible qu’il doit traquer laisse en réalité bien peu de pistes. En tant que démon, cet adversaire semble se déplacer de façon étrangement leste et rapide, tout en donnant volontiers l’impression d’être partout à la fois. Alors que le commissaire et les quelques autres civils impliqués dans l’affaire tentent de cerner le démon, l’ubiquité apparente de ce dernier ne laisse aucune emprise à ceux qui le recherchent. Et bientôt, il deviendra évident que celui qui traque n’est pas en réalité celui que l’on pense.

Ce premier volume de Les écritures interdites, une série de trois, n’est pas loin de constituer un thriller parfait. Il souffre cependant de quelques incohérences, quelques longueurs se pointent parfois, et certaines caractéristiques des personnages sont laissées dans l’ombre ou peu exploitées. Le tout constitue néanmoins une entreprise bien sympathique et on a hâte de lire les deux épisodes suivants.

Concernant la quête ésotérique et les quelques indices historiques réels qui nourrissent la trame du roman, l’auteur nous avertit d’emblée qu’il s’agit de fiction. Dès le préambule, il nous prévient ainsi : « N’allez pas creuser dans les fondations de l’abbaye de Melque, vous n’y trouveriez rien. Ne cherchez pas à déceler dans ces pages des clefs vous permettant de résoudre l’énigme de Rennes-le-Château, vous ne feriez qu’ajouter votre grain de sel aux déjà trop nombreuses mystifications qui entourent le curé Béranger Saunière. Ne volez pas la toile de Nicolas Poussin, Les bergers d’Arcadie, cela ne vous mènerait qu’en prison. » Puis, il avise « Ne cherchez pas dans cet ouvrage la vérité sur la vie de Jésus et ne spéculez pas sur une théorie du complot, un peu trop à la mode ces dernières décennies, vous ne feriez que vous tromper de chemin. » Sur ces mises en garde, il invite chacun à considérer le monde à sa façon, à « interpréter l’inconnu » à sa propre manière. Soulignons également que son interprétation historique du traitement, par l’Église, des écritures liées à la vie de Jésus — fondement de la foi et de cette religion — soulève des questions très pertinentes, non tant par l’authenticité des écrits, que par la façon dont l’Église a manipulé et remanié les textes et témoignages pour transformer l’histoire en fiction.

p. 180-181

— Réfléchissez deux minutes. L’église a lancé ses meutes assoiffées de sang au Moyen-Âge pour éradiquer l’hérésie. Elle a envoyé sa milice pour combattre les musulmans. Elle a, ensuite, éliminé cette même milice avec la complicité du roi de France. Elle a assiégé puis détruit les forteresses cathares. Elle a fait trembler les croyants en évoquant le spectre du diable. Elle a inventé un paradis et un enfer pour garder ses ouailles dans la sujétion. Au nom de Dieu, elle a détruit des civilisations en Amérique du Sud.

« L’Église est toute puissante, elle a commis des assassinats, elle a donné un sens au mot génocide. Elle avance sur comme un rouleau compresseur, elle réfute l’histoire de l’humanité en niant l’évolution des espèces, s’accrochant à des convictions dépassées qui, aujourd’hui, à l’époque de l’avènement de la science, ne veulent plus rien dire. [...] Elle table sur la crédulité des gens assoiffés de croyances pour asseoir son pouvoir. Ce Messie n’était qu’un homme, un simple mortel qui, à n’en pas douter, avait une âme généreuse. Toutefois, comme tous les mortels, il avait des défauts. On l’a auréolé, on l’a dépeint comme un être parfait, un être de lumière dont la seule parole est devenue force de loi pour plusieurs. Jésus était un homme mortel tout comme Asmodée est un homme mortel. L’Église est ténébreuse, elle est prête à tout, même à l’impensable pour préserver ses richesses. Les enjeux sont colossaux, c’est la dualité de la lumière et des ténèbres, du Bien et du Mal. »