Avec un humour systémique, toutefois un peu démodé et mysogine, l’auteur imagine des histoires peu vraisemblables, mais fertiles en rebondissements et en calembours efficaces. Maniant un vocabulaire fleuri, et des phrasés aux contours distingués, Jean Daunais demeure un cas particulier de notre littérature. Lorsque nous ouvrons ses livres et en lisons quelques pages, nous éprouvons toujours et immanquablement des plaisirs et une satisfaction coupables.
Le recueil contient une Préface, une Postface, ainsi que les 5 nouvelles suivantes :
- De fille en aiguille
- Il était trois fois
- La mort aux dents
- Pour une poignée de trente sous
- Doge-Monaco
La Postface est sous-titrée « Comment j’ai connu Arlène Supin ».
p. 37
[...] elles errent, hagardes, dans mes sous-sols, leurs lamentations lancinantes font peine à entendre... Et pourtant je suis, si l’on peut dire, un coupable innocent. Est-ce ma faute si je rends fou ?
p. 79, à bord du SS Gouda Giovanni :
Arlène, que le bingo n’intéressait pas outre mesure, profitait du bel après-midi en mer pour relire Sénèque qu’elle avait longtemps négligé. À sa droite, un volubile citoyen de Jersey City étalait son obésité péniblement contenue dans des shorts canari et une chemise fleurie qui constituait un vibrant hommage à l’horticulture.
p. 93
— Attention, capitaine, il est bien connu que le perroquet répète les paroles de son maître et dévoile ainsi les secrets de sa vie privée.
— Je ne veux pas vous décevoir, dit Van Katparkat, mais vous n’entendrez du bec de ce volubile volatile que des termes marins aucunement compromettants.
— Enlève tes bas-culotte, cria Jocko.
p. 113
Quel était son rôle ? Pourquoi un dentiste, personne normalement fort pacifique, même si elle laisse souvent son client bouche bée ?
p. 118
Celle-ci eut la victoire modeste, satisfaite de constater que les grands de ce monde pouvaient continuer calmement à faire semblant de sauver la planète.
p. 125, ainsi commence la nouvelle Pour une poignée de trente sous :
Les voitures se suivent à la queue leu leu sur l’avenue Collins en un chuintement continu, alors que le néon des affiches brille de plus en plus intensément dans le crépuscule hâtif de l’hiver.
[...]
Arlène jeta sur l’individu un œil aussi glacial qu’une nuit de janvier à Chibougameau.
p. 126
— Cher monsieur, dit-elle, primo, je n’ai pas l’heur de vous connaître, aussi acceptez que je ne vous tutoie point ; secundo, je n’ai aucune intention de vous mieux connaître, aussi ayez la bonté de dégager la voie ; tertio, si vous insistez, je vais me trouver dans la pénible obligation de vous donner un coup de genou qui va vous permettre de chanter soprano dans la chorale des Petits chanteurs à la croix de bois ; bref, laissez-moi vaquer à mes occupations.
L’individu resta bouche bée, n’ayant ni l’imagination ni le vocabulaire pour rétorquer [...]
p. 127, dans une note de bas de page, l’auteur indique, avec son humour particulier, que la « conversation se déroulait en anglais évidemment. Nous traduisons librement. »
p. 153
Arlène écoutait, ravie, la vieille Lady [1] qui revivait probablement pour la millième fois son passé fastueux. Elle regardait cette vieille bouche qu’on avait dû écraser de baisers et qui souriait encore, malgré cette tristesse qui parfois ternissait, l’espace fugace d’une seconde, des yeux encore beaux et pétillants.
[...]
— On ne regrette que ce qu’on n’a pas osé faire [...]
Daunais, Jean