Bien que le roman s’adresse plus particulièrement aux jeunes lecteurs, le lecteur adulte pourra tout autant s’y intéresser et revivre ces moments de l’adolescence où tout est à la fois intensément sérieux, fragile et frivole. Le jeune narrateur décrit son milieu en usant d’un ton sarcastique ou ironique, laissant transparaître de la tendresse à l’occasion. L’été des hot dogs est celui du premier emploi, des premières amours et des questionnements. Pour cette raison-là, peut-être, on aurait souhaité un peu plus de profondeur : l’auteur évoque des sujets qui ne sont pas toujours simples, et il les présente avec goût et aisance. Mais les réflexions se situent parfois à un niveau trop simpliste et elles auraient eu avantage à être poussées un peu plus loin alors qu’elles semblent glisser en surface des événements comme sur les plumes d’un canard.
Cet été des hot dogs, celui qui précède l’entrée en secondaire V, permettra de découvrir avec grâce et délicatesse que l’amour se trouve où l’on s’y attend le moins.
p. 50
— Dans tes temps libres, tu devrais lire Salut Galarneau ! C’est un roman de Jacques Godbout. Son personnage fait des hot dogs lui aussi.
p. 73-74
C’est fou ce que le travail mange les plaisirs de la vie. Je commençais à comprendre pourquoi tous ceux qui sont obligés de gagner leur pain dans un métier qu’ils n’aiment pas ont l’air aussi gris. Le front en orage qui veille. Maintenant, ça me semblait clair. Pendant que tu travailles, tu n’as pas le temps d’embrasser ta blonde, de lui voler un bec dans le cou, de lui mordiller l’oreille, de toucher ses seins qui dansent sous son T-shirt, de rejoindre ses fesses, ne serait-ce que le temps d’un clin d’œil. Tu n’as plus le temps de rien. C’est mortel. Il te reste, en travaillant comme un cave, à rêver à tout ce que tu pourrais faire. Et il arrive ainsi que tu travailles tout croche, ce qui crée des complications avec ton patron qui ne comprend rien aux becs dans le cou, aux mordillements d’oreille, aux seins qui dansent, aux fesses de ta blonde, qu’il trouve trop jeune pour lui ou pas assez belle. Ça, c’est ce qu’il dit. Au vrai, il voudrait être à ta place parce que tous les patrons sont de vieux vicieux.
p. 115
Et c’est là, au lit, à fouiller du museau sous l’oreiller pour y trouver encore quelques bribes de sommeil oublié, que j’ai entendu ma mère.
p. 120
Sur le moment, j’ai eu le flash de ma vie. J’ai su que les charognards ne sont pas si terribles. Ils ne s’attaquent qu’aux cadavres. D’autres, plus méchants, se ruent sur les vivants, surtout quand ils sont blessés.
p. 137
Les héros courent après la tendresse. Les filles sages aussi, même quand elles font mine de l’attendre patiemment.
p. 155
Ce sont les culbutes de la vie, ces vilaines acrobaties qui font que quelqu’un s’intéresse à vous, que ça ne dure pas nécessairement toujours, parce qu’il y a les autres... tous les autres qui sont mieux ou, du moins, qui collent mieux aux rêves de la personne qu’on aime. Anik Vincent aime taper sur des balles. Moi, je n’en serai jamais tellement capbable. J’ai d’autres talents. Point.
Plante, Raymond