Le titre Les diaboliques, qui a attribué au roman suite à la réalisation du film de Henri-Georges Clouzot en 1955, est maintenant devenu la référence qui désigne le roman en librairie. Le film se présente toutefois bien différemment du roman et les auteurs ont préférer s’expliquer dans une courte préface.
Le livre est un peu froid, nous laisse vaguement indifférent. L’itinéraire suivi pour parfaire le crime est un peu compliqué, tordu, aléatoire. L’artifice de narration utilisé par les auteurs est toutefois inédit et réussit à maintenir notre intérêt.
p. 16
Les hublots du Smoelen flottaient comme des lunes blanchâtres, de plus en plus pâles. Le brouillard s’épaississait encore.
p. 43
Même des réflexions comme celle-là, c’est curieux, on les accueille sans sourciller. On se persuade qu’on a mal aux dents, et tout se passe comme si l’on avait vraiment mal aux dents.
p. 48
Pour lui, la géographie, c’était une liste de villes, l’histoire, une liste de dates, l’homme, une liste de noms d’os et de nerfs.
p. 85
Ravinel revint dans la cuisine. Enquêter à la ronde ? Dire : « J’ai tué ma femme. Vous n’auriez pas trouvé son cadavre ? »
p. 159
Ils tâtonnent, chacun d’un côté de la vitre, comme là-bas, à la Morgue, où une paroi de verre sépare les vivants et les morts. [...] Le corps ne compte pas. C’est une pensée, une préoccupation du vivant, le corps. Lucienne est matérialiste, fermée au mystère. D’ailleurs, tout le monde est devenu matérialiste...
p. 160
L’étrange voyage ! Il n’y a plus ni terre, ni route, ni maisons, mais seulement des feux errants, des constellations vagabondes, des aérolithes qui gravitent dans un infini de fumée froide. Seules, les roues transmettent des indications utiles, signalent, par des bruits familiers, le bas-côté et ses gravillons, le pavé, des rails, puis un boulevard où l’on croit glisser sur une matière cirée. Il faut se pencher, surveiller le grisé immatériel des façades pour saisir le creux d’une avenue, semblable à l’entrée d’un fjord. Ravinel est lourd, engourdi, douloureux en dedans.
p. 176
Les casiers du tiroir sont pleins de poils, de duvets, de plumes, de petits corps tremblants qui s’entassent, comme un essaim frileux, comme une éclosion d’éphémères que la première fraîcheur du soir abat en tas, au pied d’un mur. C’est un peu répugnant, cet amoncellement de bestioles velues. On a beau savoir qu’elles sont faites de fil, de plume et de métal, elles font songer, surtout les vertes, les cantharides, à un charnier secret.
Boileau-Narcejac