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Somerset Maugham, William

samedi 20 février 2016, par webmestre

Paris : Le livre de poche [Les Éditions de France, 1925], texte français de Madame E.-R. Blanchet, 1959, 244 p.

Les nouvelles réunies dans ce recueil tiennent du récit. Plutôt que des descriptions exotiques des îles lointaines, Maughan s’intéresse aux complexités de la nature humaine. Le caractère des protagonistes, tel que métissé par leur expérience de vie aux îles, constitue l’essentiel des narrations de l’auteur. Le regard, que l’on peut juger assez légitime considérant l’époque, est plutôt colonialiste, les indigènes faisant figure de gens simples, d’enfants qu’il faut considérer de manière paternaliste.

La table des matières se compose de 6 nouvelles, encadrées d’une courte page en ouverture (Le Pacifique) et en conclusion (Envoi).

  1. Avant-propos
  2. Le Pacifique
  3. Le roi de Talua
  4. La déchéance d’Édouard Barnard
  5. L’envoûtement du capitaine Butler
  6. L’île heureuse
  7. L’étang
  8. Pluie
  9. Envoi

La nouvelle L’étang, plutôt déprimante, évoque les difficultés des amours entres blancs et indigènes, basées sur l’envie ou le désir et la passion dévorante entre l’homme blanc et la femme indigène à la beauté séduisante. La nouvelle laisse cependant apparaître que les différences de mœurs culturelles ou de mode de vie qui vouent ces unions à l’échec sont peut-être moins importantes qu’un problème fondamental de communication au sein du couple.

p. 53

Pour le moment, elle parlait du « Musical » où elle avait été avec sa mère l’après-midi, des conférences d’un poète anglais à l’Auditorium, de la situation politique, et du primitif que son père avait récemment acquis à New York pour 50 000 dollars. Cela réconfortait Bateman de l’écouter. il se sentait de nouveau dans le monde civilisé, au centre de l’élégance et des raffinements, et certaines voix troublantes qui, malgré sa volonté, ne cessaient guère de se faire entendre, étaient enfin silencieuses dans son cœur.
— Dieu ! Que c’est bon, d’être revenu à Chicago, murmura-t-il.

p. 92

De même, il y a des endroits entourés d’une auréole romantique, auxquels l’inévitable désillusion que vous ressentez en les voyant prête un singulier attrait. Vous attendiez la perfection et vous éprouvez une impression infiniment plus complexe que celle que peut donner la beauté. Ainsi, les faiblesses de caractère d’un grand homme le rendent moins admirable, mais certainement plus captivant.

p. 127

— J’ai des habitudes de sobriété, répondit le Suédois avec un sourire. Je m’intoxique par des moyens que je crois plus subtils ; peut-être n’est-ce d’ailleurs, que vanité. En tout cas, les effets en sont moins durables et les résultats moins nuisibles.
— On prétend que la cocaïne se répand beaucoup aux États-Unis, dit le capitaine.

p. 133

Leur mobilier consistait en deux paillasses de foin, un fragment de miroir, une ou deux écuelles. Dans cet agraéble pays, cela suffit pour entrer en ménage.

p. 141-142

— Quand je songe à cette brève passion de Sally et de Red, il me semble qu’ils devraient remercier le sort compatissant qui les sépara à l’apogée de leur bonheur. Ils souffrirent, mais ce fut en beauté : la véritable tragédie de l’amour leur a été épargnée.
— Je ne sais pas si je vous comprends bien, dit le capitaine.
— La tragédie de l’amour n’est pas dans la mort ni dans la séparation. Combien de temps se serait-il écoulé, croyez-vous, avant qu’eût cessé l’attachement de l’un deux ? Oh ! quand vous avez aimé une femme de tout votre cœur, de toute votre âme, au point de ne pouvoir la quitter du regard, quelle amertume de voir que même son absence définitive ne vous toucherait plus ! La tragédie de l’amour est dans l’indifférence.

p. 162 (L’étang)

Le petit moricaud remua la tête. C’était son fils, Lawson pensa aux enfants métis d’Apia. Malingres, jaunes et pâles, ils paraissaient d’une inquiétante précocité. Lawson les avait remarqués sur le bateau, se rendant à une école de la Nouvelle-Zélande, choisie parmi celles qui acceptent les enfants de sang mêlé. [...] Devenus hommes, ils devaient se contenter de salaires inférieurs. Les jeunes filles pouvaient épouser un blanc, mais, pour les garçons, il n’y avait pas d’espoir : c’était le mariage avec une métisse comme eux, ou une indigène.