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Rolin, Dominique

Les marais

dimanche 20 septembre 2015, par webmestre

Le Livre de poche [Éditions du seuil, 1950], 1968, 192p.

Ce premier roman publié de Dominique Rolin, en 1942, se divise en deux parties : Le temps de l’espérance et Le messager de la nuit. La lecture nous plonge dans un climat de songe, parfois d’irréalité, passant abruptement d’un climat à l’autre, de sorte qu’il arrive parfois que nous ne savons plus très bien si les événements vécus par les membres de cette famille, qui en sont les protagonistes, sont actuels ou non. On sent à ce premier roman, une recherche de style. Le texte est bardé de descriptions où se confondent, dans un mélange parfois déstabilisant, le pire et le meilleur : « Des champs de blé vert descendaient de chaque côté, frémissant comme le pelage d’une jeune bête caressée, et les prairies exhalaient une haleine d’or. » (p. 17). Le vocabulaire est toujours précis : « Jamais son expression n’avait paru plus vague, ni son regard plus éparpillé sur l’on ne sait quel vide. » (p. 40) ; « Il avait plu peu de temps auparavant, les pavés luisaient et exhalaient une humide fraîcheur. » (p. 42).

Il s’arrêta plusieurs fois, envahi d’une émotion extraordinaire devant certaines lignes qui faisaient monter la terre vers le ciel ; ces lignes semblaient mobiles, palpitantes d’un frémissement vaste et lent comme celui d’une maternelle poitrine. La lumière y collait, pâle et brillante comme le lait. Les prés incurvés avaient la mollesse et le velouté des étoffes précieuses ruisselant aux creux des hanches d’une dormeuse, les frondaisons innombrables étaient une chevelure traversée par la lumière et par le vent. la pureté du ciel était un regard illimité versant sur Alban son immense gravité.[p.161]

Quoiqu’il en soit, les descriptions, malgré leur délicatesse, m’ont généralement semblé futiles, peu contributives.

Un autre aspect rebutant de ce roman réside dans la brutalité des personnages. Les membres de la famille, qui semble tissée serré, semblent toujours sur le point de se détester. Il arrivera que la famille éclate, sans que les raisons ne soient très clairement compréhensibles. Et toujours une sorte de gangue ramènera les personnages dans la maison familiale, coincés dans une sorte de fatalité intemporelle où s’entremêlent tendresse et haine. Ce terrain pourrait être intéressant, car on trouve dans cette famille plusieurs membres dont les personnalités respectives pourraient révéler d’intéressants potentiels. Cependant, la violence — une gifle par ici, un moment de bonheur suivi de haine par là — y apparaît souvent désarmante, gratuite, non justifiée autrement que par le seul égoïsme de chacun. Un mépris latent, originant d’un personnage ou l’autre, vient toujours gangrener le roman.

En fait, voilà, c’est un roman de l’égoïsme de chacun. J’ai peiné à terminer la lecture tant l’ennui me guettait de plus en plus à chaque nouvelle page.

p. 89

Ludegarde seule relevait son beau visage meurtri. Elle marchait entre eux deux, inondée de lune ; elle se sentait le cœur étreint devant l’amour si clair et si profond qu’elle devinait en Mag. Elle se sentait poignée à jamais de cette clarté et de cette profondeur. « Je suis un oiseau de nuit, se disait-elle. Ur est aussi un oiseau de nuit. Nous nous aimerons dans la nuit. Et notre nuit à chacun n’est pas une nuit commune. »

p. 110

— Mag ? Pauvre Mag !... Pleurons sur la pauvre Mag ! murmura la jeune fille, tout bas, comme pour elle-même. Elle s’est créé un bonheur pour elle seule, dans lequel personne n’entre, pas même Alban. Elle ne sait pas qu’Alban ne lui a jamais appartenu, même le jour où il lui a dit qu’il la voulait pour femme. Il lui échappe, de plus en plus, jusqu’au jour ou il disparaîtra complètement.
[...] « Il est un monstre. Nous sommes des monstres. Et toi aussi, plus tard, tu en deviendras un à ton tour. »



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