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Lamaitre, Pierre

Au revoir là-haut

samedi 30 mai 2015, par webmestre

Éditions Albin Michel : Paris, 2013, 574 p.

Non mais ! Quel gâchis, la guerre. Nous le savons et à quoi bon se replonger dans tout ça, l’horreur, la misère quotidienne, les sordides conséquences humaines et civiles. Sauf qu’ici, le point de vue est à hauteur d’homme, il prend le temps nécessaire. Posément et, disons-le, avec une écriture qui génère un réel pouvoir de sympathie, l’auteur nous expose à une suite de brillantes démonstrations. La longue introduction par exemple est une troublante démonstration que la vie ne tient qu’à... quoi ? un pas dérivé sur la droite, un regard jeté par là, une attitude... ?

Très vite, le roman devient une chronique de la richesse et de la pauvreté : particulièrement de celles qui prennent forme dans le sillon de la guerre. D’un côté, les gusses et petites gens, les « poilus », sur le terrain, puis laissés pour compte. De l’autre côté, les opportunistes et tous ceux qui profitent au maximum des structures en place. L’habileté de Lemaitre est de nous raconter une exception, audacieuse, à ce cours naturel des choses.

p. 19-20

Et très vite, il y avait eu Cécile, la passion tout de suite, les yeux de Cécile, la bouche de Cécile, le sourire de Cécile, et puis forcément, après, les seins de Cécile, le cul de Cécile, comment voulez-vous penser à autre chose.

Pour nous, aujourd’hui, Albert Maillard ne semble pas très grand, un mètre soixante-treize, mais pour son époque, c’était bien. Les filles l’avaient regardé autrefois. Cécile surtout. Enfin... Albert avait beaucoup regardé Cécile et, au bout d’un moment, à force d’être fixée comme ça, presque tout le temps, bien sûr, elle s’était perçue qu’il existait et elle l’avait regardé à son tour.

p. 90-91

En le tenant contre lui, Albert se dit que pendant toute la guerre, comme tout le monde, Édouard n’a pensé qu’à survivre, et à présent que la guerre est terminée et qu’il est vivant, voilà qu’il ne pense plus qu’à disparaître. Si même les survivants n’ont plus d’autre ambition que de mourir, quel gâchis...
[...]
Il est le seul, l’unique recours. Le jeune homme lui a délégué son existence, la lui a remise parce qu’il ne peut plus ni la porter seul, ni s’en débarrasser.

p. 105

Il y était allé de son plein gré, mais comment dire, il ne parvenait pas à exprimer ce qu’il ressentait, cette injustice... Ce n’était la faute de personne et c’était celle de tout le monde.

p. 176

— Ah bah non, moi j’ai fait la guerre ici, je suis asthmatique et j’ai une jambe plus courte que l’autre.
— Il y a pas mal de gars qui y seraient allés quand même. Certains sont même revenus avec une jambe nettement plus courte que l’autre.

Le chauffeur le prit très mal, c’était tout le temps comme ça, les démobilisés la ramenaient sans arrêt avec leur guerre, toujours à donner des leçons à tout le monde, on commençait à en avoir marre des héros ! Les vrais héros étaient morts ! Ceux-là, oui, pardon, des héros, des vrais ! Et puis, d’ailleurs, quand un type vous racontait trop de choses vécues dans les tranchées, valait mieux se méfier, la plupart avaient passé toute la guerre dans un bureau.

— Parce que nous, on n’a pas fait aussi notre devoir, peut-être ? demanda-t-il.

Qu’est-ce qu’ils en savaient, les démobilisés, de la vie qu’on avait eue, avec toutes ce privations ? [...]



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