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van Vogt, A. E.

À la conquête de Kiber

jeudi 5 février 2015, par webmestre

[To Conquer Kiber, 1985, traduit de l’anglais par France-Marie Watkins], Éditions J’ai lu : Paris, 1985, 192 p.

Dès les premières pages du livre, nous sommes saisis par un ensemble de données et de mises en situation plutôt intrigantes, incongrues, qui nous placent dans une sorte d’expectative : de l’un ou l’autre, le voyage sera banal ou il sera intéressant. L’homme du XXe siècle se réveille en effet, doté de branchies, sur un vaisseau spatial, en route vers une planète aquatique inconnue, sur laquelle il devra combattre et vaincre un roi dont nous ignorons tout.

Il ne faut pas trop parler du bref bouquin, puisque le contenu pourra se révéler, prendre du sens, à la mesure de l’intérêt du lecteur, en fonction des propres choix de ce dernier, et peut-être même de ses valeurs personnelles. De fait, suite à ma lecture, j’ai retenu de ce livre une sorte d’évaluation tout à fait humaine : doit-on accorder une quelconque valeur à un récit invraisemblable lorsqu’il nous est raconté par un alcoolique, même si celui-ci semble détenir certaines preuves irréfutables ? Le voyage a-t-il eu réellement lieu ou est-ce le délire d’un ivrogne fini ? Évidemment, le lecteur n’a pas d’obligation à choisir un point de vue ou l’autre. De sa position privilégiée, il bénéficie de toutes les versions du récit, tout en conservant les prérogatives de ses libertés et de sa réflexion.

Quoiqu’il en soit du récit, et de la somme de ses quelques ambiguïtés, nous sommes dans une oeuvre de science-fiction, rédigée par l’une des plus grands auteurs du genre. Rayon SF, l’oeuvre contient de nombreuses prospections et de jolies trouvailles. L’écriture pourra cependant sembler un peu faible, et on pourra peut-être attribuer cette faiblesse à la façon plutôt décousue et fragmentaire du narrateur de rapporter les événements. Celui-ci, à sa décharge, est manipulé et n’arrive pas à suivre la cadence, ni forcément à formuler l’ensemble des questions légitimes qui peuvent surgir de contextes et d’environnements inconnus. Il est bien souligné — et c’est une discrète ironie —, que même lorsqu’il dispose du temps nécessaire à la réflexion, la disposition éthylique du narrateur peut ralentir son raisonnement.

p. 93

À l’université, on m’a appris, si je me souviens bien, que les adolescents avaient un problème d’identité. On laissait entendre qu’une fois qu’ils auraient un emploi, ils sauraient ce qu’ils étaient. Peu importait l’emploi, apparemment, du moment qu’ils l’acceptaient comme un état permanent. Il suffisait d’être vendeur, libraire, le mari de Sarah ou la femme de John, mécano d’automobile ou avocat. Il paraît que c’est par de petites choses comme ça que nous pouvons nous établir et nous mettre en paix avec notre monde intérieur. Nous convenons d’une limite et c’est notre identité. Pas de commentaires ?

p. 94

— Après tout, nous avons tous deux eu des parents, vous et moi, et nous avons grandi depuis la naissance. Cela se monte à beaucoup de certitudes internes. Tandis que l’androïde vient subitement à la conscience. Et le voilà, sans aucune histoire antérieure. Quand nous le regardons et observons son problème de l’extérieur, nous déduisons que la pénurie — pour ainsi dire — psychique conséquente pousse la victime de cet état à rechercher constamment un apaisement. Nous avons donc le chef mécanicien de ce vaisseau qui imite un costume régional terrestre inhabituel et reproduit un dialecte qui a été largement abandonné par les habitants mêmes de cette région. Le reste de la situation, l’aspect mystique, avec sa théorie particulière sur la nature de l’univers, nous autres, gens du dehors, nous n’avons aucun moyen de l’évaluer.

p. 146

Il lui fallut un moment pour considérer cette solution. Parce que... quel genre de travail ? Craig eut l’affreux souvenir que les employés recevaient de petites sommes d’argent pour travailler huit longues heures par jour, cinq jours par semaine.



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