De son grand titre « Aventures amoureuses de Mlle de Sommerange ou Les aventures libertines d’une demoiselle de qualité sous la Terreur », est signé Pierre du Bourdel et publié une première fois à Paris au début du siècle, puis supposément au Québec en 1910 et entre 1913 et 1914. Rapidement, le livre a été condamné à la destruction par une cour d’assises française en octobre 2013. L’édition originale contenait sept illustrations signées sous son nom véritable par Louis Malteste. La petite édition de poche que voici, à prix économique, n’offre malheureusement pas ces illustrations « clandestines ».
Pierre Mac Orlan avait publié plusieurs ouvrages, empruntant également de nombreux pseudonymes. Le rythme de ce petit livre est très rapide. Le récit ne se perd pas en mises en contexte, ou en descriptions, à part peut-être les très fleuries descriptions des parties anatomiques intimes de Mlle de Sommerange. Des descriptions qui se révèlent d’ailleurs généralement délicates et poétiques, et qui deviennent peut-être graduellement de plus en plus sordides à mesure que l’on avance dans la lecture. Qu’on ne juge par cet extrait :
p. 15
Qu’on se figure encadrée de lingeries fines et de dentelles une belle rose de chair bien épanouie et les mains diligentes de la soubrette écartant les deux joues appétissantes pour dévoiler au fond de la raie blonde une petite pâquerette rose, mignardement plissée par la nature, l’orifice le plus secret du corps de la demoiselle, et que nos pères nommaient le trou de bise probablement en allusion des zéphyrs parfumés et digestifs qui ont coutume de s’échapper indiscrètement du fondement des jolies dames et demoiselles.
Passant d’une éducation prude et dévote, la jeune héroïne du livre est bien malgré elle amenée à subir les diverses mésaventures malicieusement racontées par l’auteur. Celles-ci sont liées aux origines aristocratiques de la jeune fille, qui dès lors qu’elle s’enfuit de la protection de familles aisées, se trouve livrée aux travers de la République, c’est-à-dire à la populace. La noblesse d’origine, de même que le signalement de toute distinction sociale, deviennent alors suspects à la population au cours de ce règne de la Terreur : « À cette époque être de la bonne société c’est-à-dire de la noblesse était l’équivalent d’un arrêt de mort. » (p. 64).
L’auteur toutefois, est-ce voulu, nous décrit les travers et les hypocrisies de la noblesse, les opposant à la rudesse du peuple au cours du récit. Nous partageons ainsi les déboires de la demoiselle lorsqu’elle est manœuvrée et trahie par les coureurs de jupons de la jeune aristocratie. Mais aussi à mesure qu’elle découvre de la nuance et des tendresses insoupçonnées chez les gens frustres, par exemple chez le geôlier de prison, dont la condition ne serait pourtant pas d’emblée une prédisposition :
p. 77
Ce geôlier d’ailleurs, comme tous les hommes qui avaient rencontré la jeune fille, la désirait ardemment, sa belle santé, son joli minois, sa jeunesse et surtout sa distinction la rendait désirable et il n’y avait rien d’étonnant que des brutes, sevrées de toutes les joies que peut offrir le corps d’une jolie fille bien élevée, la désirassent follement.
Une lecture pittoresque donc, qui vaut pour le portrait d’ensemble, mais dont l’écriture léchée laisse davantage le lecteur sur une impression de froideur et, du coup, d’une paradoxale absence de sensualité.
du Bourdel, Pierre (Pierre Mac Orlan)