Non, mais quel suspense ! À la fois bouleversant et angoissant, ce roman est une fête. Les personnages sont pour le moins colorés ou pittoresques, de même que l’histoire a un potentiel de développement qui, de prime abord pourrait sembler limité, ou même simpliste, mais qui est tout à fait exploité de main de maître par l’auteur. Ce dernier en tire des courtes scènes qui ont parfois l’apparence de nouvelles, et qui s’intègrent à une trame plutôt dramatique qui constitue l’essentiel du roman. Les courtes scènes se présentent souvent par petites touches, souvent définies par des éclairages parfois crus et cruels, parfois touchants et des relations troubles entre les personnages.
Cependant, environ à mi-lecture, je constate que le sujet s’épuise un peu, ou il s’agirait plutôt d’un éparpillement. Au moment où l’attendrissante complicité des adolescents devrait se constituer en pièce maîtresse principale, le centre d’attention se dilue et certains passages nous apparaîtront plus longs. Graduellement, il s’ajoute à l’ensemble quelques scènes d’horreur. Ainsi, à mesure que la douceur du livre s’effrite, l’horreur pressentie devient plus réelle, se déploie et occupe ultimement peu à peu la place.
Il s’agit du livre dont Tomas Alfredson avait tiré le film intitulé Morse en 2008. Je conserve un très bon souvenir du film, même si celui-ci escamote plusieurs éléments plus troubles que je découvre dans le livre. Malgré les beautés du film, le souvenir du livre sera définitivement plus prégnant, car il s’agit d’une oeuvre forte et plus complète que le film. Enfin, il est des éléments, du même ordre que pour le Betty d’Arnaldur Indriðason, que l’on se retiendra de dévoiler pour ne pas réduire le plaisir du lecteur.
p. 105
Elle se tourna vers lui. Ses pupilles étaient si grandes qu’elles remplissaient presque complètement ses iris, les lumières de la résidence se reflétaient sur la surface noire et on aurait dit qu’elle avait une cité lointaine à l’intérieur de la tête.
p. 292
Les pensées d’Håkan purent alors se tourner vers des sujets plus importants. À quel cercle allait-il se retrouver ? Celui des tueurs d’enfants ? C’était le septième cercle. D’un autre côté, peut-être dans le premier cercle. Celui réservé à ceux qui pêchaient par amour. Et puis, bien sûr, les sodomites avaient leur propre cercle. Le plus logique était de partir du principe qu’on se retrouvait dans le cercle correspondant à son pire crime.
p. 608-609
Le silence se fit à l’autre bout du fil. Le craquement statique dû à cent kilomètres de lignes téléphoniques. Des corbeaux perchés sur elles, qui grelottaient, tandis que les conversations des gens fusaient sous leurs pattes. Son père se racla de nouveau la gorge.
Lindqvist, John Ajvide