À beaucoup d’égards, ce livre ressemble au second tome de la trilogie Millénium : bureau de police, journaliste, disparition, traque au meurtrier. Le livre de Larsson est paru dans sa version originale à Stockholm en 2005, et sa version française (chez Actes Sud), en 2006. Mais Les ombres silencieuses s’en distingue aussi à beaucoup d’égards et par ses propres qualités, ou sa propre sensibilité. Le livre est beaucoup plus léger que le pavé de Larsson, et sa valeur émotionnelle nous atteint d’une façon différente. Bien qu’elle ne puisse se comparer à Lisbeth Salander, également une victime, l’histoire de la jeune Fanny est particulièrement triste et touchante. Le livre possède également son rythme et ses couleurs. Voyez cette description du métro, à Stockholm, pages 69 et 70 :
Le wagon était bourré de personnes au teint gris pâle qui avaient l’air de crouler sous les soucis et le poids du quotidien. Presque tout le monde observait un silence sinistre, on n’entendait que le grincement et le bruit de ferraille habituels du métro. Ici et là, quelques toussotements ou le léger bruissement d’un journal gratuit. Les gens fixaient le plafond, les affiches de publicité, ou le sol ; leurs yeux se perdaient derrière les vitres ou restaient concentrés sur un point indéfinissable au loin. Leurs regards étaient partout mais ne se croisaient jamais.
L’odeur des vêtements mouillés se mêlait à celle du parfum, de la sueur et de la poussière brûlée sur les radiateurs. Des vestes frôlaient des manteaux, des écharpes effleuraient des bonnets, des corps se pressaient les uns contre les autres, des chaussures rencontraient d’autres chaussures, sans qu’une quelconque intimité s’établisse jamais.
L’action ne se déroule pas à Stockholm, mais sur l’île de Gotland, plus isolée. Une certaine tristesse émane de la plupart des personnages. Bergman, celui des films noir et blanc, y est évoqué. Partout il émane une nostalgie, des évocations...
Elle se gratta la clavicule et, l’espace d’une seconde, on aperçut une bretelle de son soutien-gorge. Il était beige doré, brillait un peu et avait des bords joliment brodés.
Elle est sans doute parfaite jusqu’au bout des ongles, pensa Knutas en se maudissant parce que sa féminité ne le laissait pas indifférent. (p. 157-158)
Est-il nécessaire de préciser que ce moment survient au cours d’un interrogatoire de police, au matin. Et on y aime l’automne :
Emma leva la tête vers le ciel, plissa les yeux et respira profondément. Elle faisait partie de ceux qui aimaient le mois de novembre. C’était un mois de transition sans contraintes, tout le contraire de l’été où il fallait organiser des soirées barbecue, partir en baignade et rendre visite aux amis et à la famille. [...]
Dans l’obscurité automnale, Emma pouvait se pelotonner dans sa maison sans avoir mauvaise conscience, regarder la télé en plein milieu de la journée si elle en avait envie ou lire un bon livre. Elle pouvait se promener sans maquillage, emmitouflée dans une veste en laine doublée. (p. 112)
Jungstedt, Mari