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Poole, Sara

Francesca. Empoisonneuse à la cour des Borgia

vendredi 5 juillet 2013, par webmestre

MA Éditions, Paris, première édition française [Traduction de Patricia Barbe-Girault. Poison : A novel of the Renaissance, 2010], 2011, 420p.

Ce titre pourrait devenir un best-seller. Il s’agit d’abord un roman de genre, qui mélange le livre d’aventures, le livre historique, voire le thriller ou le roman policier. Cependant, le titre est intéressant à plus d’un égard. Et il soulève aussi un problème épineux et quasi insoluble (quoique de peu d’application courante) : comment tuer un pape sans se faire prendre, ni laisser de traces.

La question est intéressante. Mise en contexte par l’auteure à Rome en 1492, elle permet de se faire une bonne idée des dangers qui guettent les personnages publics importants de l’époque. Bien au fait de ces dangers, les diverses personnalités doivent également disposer de moyens suffisants qui leur permettront de s’entourer de protections qui relèvent de différentes catégories (troupes défensives, protections politiques, empoisonneurs et espions en tous genres). Il est également difficile d’accorder pleinement sa confiance, la trahison est facile et courante.

Par ailleurs, l’auteure ne s’intéresse pas qu’aux puissants. Sa description est tout aussi colorée et documentée pour le petit monde et ses misères.

L’auteure nous fait un bilan des différentes manoeuvres qui ont cours pour prendre la succession du pape Innoncent VIII qui occupe le Saint-Siège et que Rodrigo Borgia, dit Il Cardinale, déplace mer et monde pour devenir pape à la place du pape. Comme plusieurs autres d’ailleurs. Problème, le pape Innocent est toujours vivant.

Ce livre offre donc une lecture agréable à plus d’un égard. Il est bien écrit, parsemé de réflexions pertinentes et piquantes, du genre que l’on n’a pas l’occasion de se faire tous les jours. Sur la religion par exemple. On y évoque une riche faune historique : les prisons, le ghetto juif de Rome, la maladie, la peur, la mort, l’emprisonnement et l’empoisonnement. Bien qu’un livre d’aventures, le livre démontre une sensibilité qui en rehausse le niveau d’intérêt : écrit par une femme, l’aventure est bel et bien présente, parfois trépidante, mais on y trouve une narration sensuelle, peut-être luxurieuse et ainsi, au hasard de situations qui nous sont peu familières, l’héroïne prendra le lecteur en aparté pour lui pousser une réflexion, ma foi, qui peut nous sembler amusante, mais qui s’avère toujours très pragmatique considérant l’époque pendant laquelle elle évolue et les situations où elle se trouve.

p. 107

Quelques jours pour trouver le moyen de provoquer une mort qui ne soulève absolument aucune question chez les individus les plus vigilants de la chrétienté, mais aussi les plus prompts à imaginer qu’un complot se cache derrière le moindre événement, terme que l’on ne suarait appliquer à la mort d’un pape.

p. 118-119

Le grand saint-Augustin disait que l’homme reçoit de Dieu le don du libre arbitre. Mais il disait également que Dieu connaît notre destin depuis la naissance. Comment ce qui est connu de Dieu pourrait-il être soumis au choix de l’homme ? Et au contraire, s’il n’y a point de choix, comment être légitimement tenu pour responsable de ses péchés ?

p. 159

L’anticipation est toujours un plaisir plus grisant que l’expérience par elle-même.

Quoique « toujours » soit peut-être un terme un peu fort. Parfois l’expérience est à la hauteur des plus grandes attentes.

p. 231

[...] ses biens les plus précieux - chaque tapisserie, tableau, meuble, coffre au trésor, chaque assiette et chaque coupe que l’on avait pu empaqueter avait été transporté hors de Rome. C’était une sage précution pour un homme considéré par tous sans exception comme étant papabile, un candidat sérieux à la papauté. En effet, l’une des coutumes les plus curieuses des Romains, dès l’annonce de l’élection de leur nouveau pape, est de se ruer sur sa résidence et de la piller. Ce n’est pas une marque d’irrespect, ni même illégal, comme on pourrait le penser au premier abord ; cela résulte bien plutôt d’un raisonnement logique de la populace, qui estime qu’une fois élevé au trône de Saint-Pierre, un homme n’a plus besoin de ses biens terrestres.

p. 380

Plus tard (nous devions être au beau milieu de la nuit, à présent), nous étions étendus, luisant de sueur et tous deux comblés, mais ne voulant pourtant pas céder au sommeil. Nous passions trop peu de temps ensemble pour en concéder en plus à Morphée, ce voleur qui s’approche en catimini.



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