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Musso, Guillaume

Je reviens te chercher

lundi 9 juillet 2012, par webmestre

Paris : XO éditions [2008] (Pocket), 2011, 414 p.

Les romans de Guillaume Musso sont faciles à lire. Souvent la frontière entre le roman littéraire « sérieux » et le roman Harlequin est ténue ou même inexistante. Je reviens te chercher est un peu différent : l’auteur nous emmène souvent où on ne s’y attend pas. L’émotion y est toujours au rendez-vous, s’intégrant à la trame narrative et offrant ainsi la facilité de lecture usuelle à l’auteur. Le livre a de la profondeur.

Les éléments qui composent le livre sont bien utilisés. Il y a cependant bien des incongruités et le parcours n’est pas de tout repos. L’auteur y a pris plusieurs libertés - il le souligne lui-même dans la posface qui suit le court épilogue - et il est parfois difficile d’adhérer entièrement à la réalité des personnages et à l’accumulation des situations dans lesquelles ils évoluent ou se débattent. Évidemment, il ne faut pas trop se formaliser de l’interprétation de la réalité dans les œuvres de Musso : leur structure repose bien souvent sur une impossibilité ou une situation de base fictive qui se situe bien loin de la réalité. Cependant, on peut se demander par exemple pourquoi ses personnages aiment-ils si fort les États-unis, comment arrivent-ils à payer en ce pays-là les coûts d’une transplantation cardiaque suivie d’un long séjour à l’hôpital et de plusieurs mois de soins dans un centre de convalescence, ou encore on peut vouloir critiquer les choix musicaux de l’auteur !

Il reste que la lecture de ce roman en particulier est poignante. On se fout un peu du réalisme et de ces diverses considérations terre-à-terre du moment que l’on ne prend pas le tout au pied de la lettre. Des livres de Musso, celui-ci surpasse les autres. Mieux que La fille de papier, ce roman vous fera vivre le tragique des personnages, tant dans la galerie des principaux que celles des apparitions secondaires et même tertiaires. C’est d’ailleurs un talent de Musso que de brosser en quelques lignes les détresses psychologiques de ses divers personnages.

p. 194-195

Lorsqu’il l’a rencontrée, il avait cinquante-trois ans, vingt kilos de trop, dix-huit de tension, un taux de cholestérol inquiétant et l’impression d’être déjà dans l’antichambre de la vieillesse. C’était si dur d’avancer dans l’âge avec confiance, cerné par la peur de la dégradation et de la mort. Sous l’impulsion de la jeune Slave, il avait tout changé du jour au lendemain, remplaçant le Lexomil par le Viagra, le confit de canard par les sushis, le saint-émilion par le Coca light, les parties de chasse par le jogging, la vieille Mercedes par la dernière Mini Cooper.
Alors qu’il se sentait souvent dévalorisé par son épouse, une jeune beauté l’avait trouvé à son goût et avait réveillé en lui des sentiments adolescents qu’il croyait à jamais disparus. Il avait renoncé à un confort pépère de senior pour une pulsion de vie, un état amoureux et un statut de jeune papa.
[...]
Pour autant il n’était dupe de rien : il savait que l’issue de cette nouvelle vie était incertaine, mais il en acceptait le risque. Il s’était fixé comme horizon une dizaine d’années de bonheur. Une dizaine d’années pendant lesquelles il serait capable de suivre le rythme de vie de sa compagne.
[...]
Son sang neuf, il le payait au prix fort : la haine compréhensible de son ex-femme qui l’accusait d’avoir fait voler en éclats une vie de famille bâtie sur la confiance, l’hostilité violente de ses fils [...].

p. 201

... il tourne les pages de son roman, s’y enfonce, s’arrête sur un passage :

Les hommes qui poursuivent une multitude de femmes peuvent aisément se répartir en deux catégories. Les uns cherchent chez toutes les femmes leur propre rêve, leur idée subjective de la femme. Les autres sont mus par le désir de s’emparer de l’infinie diversité du monde féminin objectif. [1]

p. 270

— Vous êtes de la famille ? le coupa-t-elle brutalement.
— Je suis son père, répondirent les deux hommes d’une même voix.
Il y eut un moment de malaise. Ethan et Jimmy se dévisagèrent et c’est finalement ce dernier qui résuma maladroitement :
— C’est ça, nous sommes son père.

p. 397

Une pluie diluvienne s’abattait en cataractes, donnant à l’hôpital des allures de sous-marin.


[1Il s’agit de L’insoutenable légèreté de l’être, de Milan Kundera.


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