Le second volume du tome 2 de l’extraordinaire saga Les gestionnaires de l’apocalypse, un thriller socio-politique de longue haleine dont chaque tome est également un commentaire sur l’un ou l’autre aspect de notre époque.
p. 65
Théberge reposait, immobile dans son bain.
Dans l’eau largement additionnée de sel de mer, son corps s’allégeait et le poids de ses soucis semblait diminuer dans la même proportion.
Immobile, libéré des contraintes du monde quotidien, son esprit s’envolait vers ce que le policier appelait le domaine de l’imaginaire efficace. Plusieurs enquêtes avaient trouvé leur solution à la suite de visites dans cet univers mystérieux.
p. 115
[...] Une libéralisation des prix va provoquer une hécatombe. Les multinationales vont en profiter pour faire du dumping. Ce qui reste de notre industrie va disparaître. Et quand elle aura disparu, les prix intérieurs vont s’aligner sur les prix internationaux. Le résultat, c’est que la plupart des gens ne pourront plus acheter les biens de première nécessité.
p. 134-135
— Le véritable effet de l’action de Drapeau et de Pax Plante, ç’a été de donner le pouvoir aux souteneurs.
— Vous divaguez.
— C’est pourtant facile à comprendre : les filles ne pouvaient plus aborder les clients. Il leur fallait un intermédiaire. Les souteneurs sont alors devenus indispensables. Sans eux, les filles ne pouvaient plus travailler et les clients ne pouvaient plus avoir de filles. Le résultat net, c’est que la prostitution a été de plus en plus contrôlée par le crime organisé. Pour ce qui est des filles, comme elles étaient de plus en plus à la merci des souteneurs, leurs conditions de vie se sont dégradées. Belle réussite !Le maire affichait un air sceptique.
— Votre point de vue n’est pas très orthodoxe, dit-il.
— Pourquoi pensez-vous que les groupes criminels soutiennent financièrement les campagnes de moralité publique ? C’est comme pour les drogues douces. Vous seriez surpris de voir d’où vient l’argent des groupes opposés à sa légalisation.
p. 199
Les vampires sont comme les dieux, avait-il expliqué aux clones : ce n’est pas parce qu’ils n’existent pas que leurs croyants ne sont pas dangereux...
p. 306-307
— Vous n’avez pas le droit de me parler sur ce ton ! Si vous ne retirez pas immédiatement vos paroles...
— Vous allez faire quoi ? M’intenter un procès pour usage insultant de la vérité ? [...]
— Si j’ai bien compris, mon brave Berthold, votre apprenti vampire a le droit de batifoler dans l’hémoglobine, mais moi, je n’ai pas le droit de dire qu’il le fait ! Belle morale !
[...]
— Une cérémonie de vampirisme ! Tout de même ! Vous êtes certain qu’il n’est pas... contaminé ?
— Vous pouvez en être certaine. Tant qu’il n’est pas inscrit en Droit, il n’y a rien d’irréparable.
p. 380-382
— Il faut trouver quelque chose, dit-il. Autrement on va avoir les deux comités sur le dos.
— Je sais, répondit Tate. Tous les prétextes sont bons pour qu’ils mettent le nez dans nos affaires.Ils n’avaient pas besoin de préciser davantage. Les deux comités, pour n’importe quel haut responsable des agences de renseignements, c’étaient le SSCI et le HPSCI, les comités bipartites du Sénat et de la Chambre des représentants qui supervisaient les activités des agences de renseignements.
Instaurés pour des motifs de transparence et de contrôle démocratique des activités de renseignement du pays, ces comités étaient surtout utilisés par leurs membres pour recueillir de l’information susceptible de servir à leurs fins politiques. Chaque fois qu’ils avaient l’occasion de laisser couler de l’information pour faire avancer un de leurs projets, pour nuire à un adversaire ou simplement pour bien paraître aux yeux d’un journaliste, ils le faisaient sans trop d’hésitation.
[...]
— À propos du Président, as-tu examiné le dossier des successeurs ?
— Oui. Pour les trois candidats les plus probables dans chaque parti, il n’y a pas de problème. On a quelque chose sur chacun.
— Nous aussi.Un silence suivit.
— Vous avez une préférence ? demanda finalement Snow.
— Avant, j’aurais été porté à choisir un Républicain. Mais avec le poids de plus en plus fort des chrétiens radicaux, ils sont moins faciles à contrôler.
— Le pire, c’est le candidat des militaires et de l’aéronautique.
— Bien d’accord.
— S’il est élu, nos budgets vont fondre à vue d’œil et ce sont les uniformes qui vont tout ramasser.
— Mon préféré, ce serait le candidat des syndicats et des groupes de gauche. Avec sa base électorale, c’est le plus vulnérable aux scandales et aux campagnes de médias. En cas de problème, ce ne serait pas difficile d’avoir prise sur lui.
— Qu’est-ce que tu penses du fondamentaliste indépendant ?
— Il n’a aucune chance. Avec ses prises de position, il va se couler lui-même.
— L’idéal, ce serait d’en trouver un autre qui ne comprend rien.
— C’était le bon temps !
— On n’a jamais eu les mains aussi libres qu’avec lui.
— Il y a toujours l’héritier...
— Je me méfie de lui. C’est le genre à jouer le jeu pendant un certain temps puis à nous faire dans les mains sans avertissement. Sur un coup de tête... ou pour faire plaisir aux militaires.