Accueil > Histoire et romans historiques > Merle, Robert

Merle, Robert

La volte des vertugadins, Fortune de France VII

lundi 9 avril 2012, par webmestre

Éditions de Fallois (1991), Le Livre de poche, Paris, 1993, 568p.

p. 60, à propos de L’Astrée, le célèbre roman d’amour d’Honoré d’Urfé :

Mais à force d’ouïr l’émeuvement où la lecture de ce livre sublime jetait tant de ses amies, elle n’eut de cesse qu’elle n’engageât une noble demoiselle pour prêter sa voix, chaque soir, aux agréments et aux délicatesses qui débordaient de ce récit.

p. 93

— Comme quoi, dit le Chevalier avec feu, d’un abus découle toujours un autre abus. Et le premier en date fut cette damnable invention du purgatoire, imaginée par les évêques du concile de Trente afin d’adoucir les peines éternelles de l’Enfer par des peines temporaires.
[...]
— Qu’est cela ? dit mon père en levant un sourcil. Fogacer, n’êtes-vous plus sceptique ?
— Je ne le suis plus autant que par le passé, dit Fogacer d’un air confit. Ma soutane a fini par me coller à la peau. Et même, en quelque sorte, par la remplacer. Tant est que de mon athéisme même je commence aujourd’hui à douter sérieusement. Ce n’est pas que je croie davantage, mais je décrois moins...
— En bref, votre décroire décroît, dit le Chevalier, incapable de résister à un gioco di parole.

p. 104

[...] Et l’heure passant, on cherche vainement un endroit où l’on pourrait se soulager...
— J’y ai pourvu ! dit la Duchesse triomphalement. J’ai arrangé une chambre des commodités où il y aura une bonne dizaine de chaires à affaires.
— Des chaires percées, voulez-vous dire ?
— Fi donc, monsieur ! On ne les nomme plus ainsi ! Cela offense l’honnêteté.
— Prévoyez donc une seconde chambre des commodités pour les dames, dit mon père. Sans cela, l’honnêteté sera tout à plein offensée.
— Mais cela va de soi, dit la Duchesse. Et la porte en sera gardée par deux Suisses géantins. [...]

p. 145

[...] Rappelez-vous que je ne veux plus de riote entre la maison de Guise et la maison de Bourbon.

p. 216

— L’honnêteté, Monsieur, souffre d’être offensée, pourvu qu’on soit discret. [...]
— Ne craignez-vous pas, Madame, que votre insistance à employer cette expression ne me pousse à vous conter fleurette ?
— Oh ! Monsieur ! Une fleurette sur le papier ne serait pas pour moi un sujet de crainte, et moins encore un motif de satisfaction.

p. 245

Néanmoins, quand Bassompierre, après la mort de Richelieu, sortit enfin de sa geôle dorée, la cour trouva qu’il avait neigé sur ses beaux cheveux blonds. Mais, comme une marquise lui en faisait méchamment la remarque, Bassompierre montra qu’il n’avait rien perdu de sa vivacité d’esprit et répliqua : « Madame, je suis comme un poireau : la tête est blanche, mais la queue est verte. »

p. 414

— C’est que le Roi réagit comme la plupart des hommes, mon filleul : il est sans indulgence pour les vices qui ne le tentent pas.

p. 423

J’écris ceci en mon âge mûr, et encore que je me persuade qu’il y a par essence quelque chose de déraisonnable dans le sentiment amoureux, puisqu’il agrandit de façon si démesurée l’image de l’être aimé qu’elle finit par occuper tout l’horizon de la vie, toutefois il faut bien convenir que dans les tourments mêmes que ce sentiment apporte, il y a quelque chose de délicieux, puisqu’il vous fait vivre tous les moments de votre existence avec une intensité qu’elle ne possédait pas avant l’apparition de l’amour.

Le malheur, c’est que cette intensité balaye tout, et d’abord la clairvoyance. [...]

p. 451

— Ah ! Bah ! dit Bassompierre imperturbable, qui dit amour dit folie, chaos, monde à l’envers : le plus sot a soudain de l’esprit, l’homme d’esprit s’assote, le méchant perd son venin, et le tendre durcit...

p. 460

— Cornedebœuf, que ce Grand est donc petit ! [...] ... vous connaissez le proberbe périgourdin : « La beauté se lèche, mais ne se mange pas. » Et, jour de Dieu, que mon estomac se creuse !

p. 514

[...] en face des difficultés qu’il rencontrait dans sa tâche, il allait se dire, comme je n’allais pas tarder à m’en apercevoir, le plus souvent « attristé, chagriné et désolé ». Mais c’était là des désolations ecclésiastiques : elles n’entamaient en rien, ce me semble, le plaisir douillet qu’il prenait à vivre.

p 545

— ... Tenez-vous à carreau. Aucune des femmes présentes, la Reine comprise, ne vous jettera le moindre coup d’œil, mais toutes vous épieront.


Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par les responsables.

Qui êtes-vous ?
Se connecter
Votre message