Un roman plutôt anodin, intense à ses heures, ponctué d’un humour adolescent qui est à la fois irrésistible et redondant. Le fil des idées est toutefois agréable à lire, en dehors de descriptions trop techniques pour être vraiment sensuelles et senties. Les descriptions abondent pourtant et nous laissent assez froid alors même qu’il s’agit de décrire une Provence qui devrait être riche et variée et lumineuse, tout particulièrement à la fin de l’hiver et au début printemps, moment où se déroule les actions.
Les personnages sont attachants et l’auteur prend bien le temps d’en mettre en valeur les ressorts, les motivations. De fait, s’il s’agissait de faire un résumé du roman, il n’en resterait à peu de choses près que les seuls personnages.
p. 387
L’aube, le premier don du ciel au monde. Des promesses, le réconfort, la guérison après le dur passage de la nuit. Après des ténèbres assiégées par des bêtes féroces, réelles ou imaginaires, et les terreurs, et des hommes violents et sauvages. Après une cécité qui peut vous jeter dans un fossé, dans un marais, au bas d’une falaise, ou dans les serres et sous le pouvoir des esprits qui peuvent rôder dehors, avides de malice.
La pâle lueur du matin avait mis fin à ces craintes pendant des siècles, des millénaires, quels que fussent les dangers qui accompagnaient le jour. On poussait les volets qui claquaient, on tirait les rideaux, on débarrait portes et fenêtres des échoppes, les portes de la cité, ouvertes à double battant, laissaient entrer hommes et femmes dans l’offrande du jour.
D’un autre côté — il y en a toujours un autre, dans la vie —, dans la lumière du jour, l’intimité devient bien plus difficile à obtenir : échapper aux regards importuns, trouver du silence pour méditer, ou le réconfort de larmes discrètes sur un oreiller — de l’amour fait en secret, sur cet oreiller, avant, ou après. Une monnaie bien plus rare, dans la claire lumière.
Il est plus difficile, beaucoup plus difficile, de se cacher et de ne pas être découvert.
p. 417
De l’Advil, des feuilles de sorbier, un écran surnaturel, le bracelet de sa tante. Pas très efficace, ensemble ou séparément.
Kay, Guy Gabriel